POÈTES & POÈMES

 

Anas ALAILI

 

 

 

 1

Anas Alaili, poète, traducteur et parolier, est né à Qalqilia et a grandi en Palestine.
Traducteur, enseignant et responsable des collections en arabe dans plusieurs bibliothèques universitaires, Anas Alaili est docteur de l’université Lyon 2 avec une thèse sur la littérature palestinienne du retour.
Son premier recueil en arabe Ma’ Fariq Basit a été publié en 2006 à Amman. Ce recueil a été ensuite publié en français sous le titre Avec une petite différence par les éditions Gros Textes en 2009 et préfacé par Bernard Noël. Il a obtenu en 2012 le prix des journées Brautigan et en est à sa quatrième édition.
En 2016 un autre recueil, Étreintes tardives, est publié chez L’Harmattan.
Anas Alaili publie ensuite en 2023 Muharwilan ‘ala saqin wahidat aux éditions Dar Al-nahda Al-arabiyyah, à Beyrouth. Il a été traduit en différentes langues notamment en anglais.
Il a collaboré avec plusieurs musiciens arabes, dont Yasmine Hamdan, Adel Salameh et Mohammed Najem, plusieurs de ses poèmes ont ainsi été mis en musique.
Il a travaillé comme directeur artistique du festival « Interludes poétiques de Palestine » en collaboration entre le Centre culturel palestinien et l’Institut du Monde Arabe.

 

Ma’Fariq Basit, Amman 2006
Avec une petite différence (traduction française), préface de Bernard Noël, prix des journées Brautigan en 2012, éditions Gros Textes, 2012
Étreintes tardives, (version bilingue) éditions de L’Harmattan, 2016
Muharwilan ‘ala saqin wahidat, éditions Dar Al-nahda Al-arabiyyah, à Beyrouth, 2023
Danser d’une seule jambe, coédition Maison de la poésie Rhône-Alpes et Le Merle moqueur, 2025


 

Poèmes extraits de

 

Danser d’une seule jambe, coédition Maison de la Poésie Rhône-Alpes & Le Merle moqueur, 2025

Avec une petite différence, éditions Gros Textes, 2012

Étreintes tardives, éditions de L’Harmattan, 2016

Poèmes inédits

 

 

Promenade sur le Chemin de la Douleur

 

Tu continueras à désirer une petite promenade

sur le Chemin de la Douleur,

une balade matinale dans le souk des parfumeurs,

un vœu à chaque fois brisé devant toi

dont les éclats n’auront de cesse de te poursuivre partout.

Tu n’as pas siroté un verre sur le Mont des Oliviers

pour célébrer un panorama vertigineux

de broussailles et de villages en pierre sur les collines

ni pour célébrer une histoire étendue

où tu cherches désespérément un endroit où poser le pied !

[…]

 

Là-bas, tu n’as pas de café

où tu puisses te dissimuler comme à ton habitude,

ni de rue préférée où tu puisses déambuler sur ses grands pavés.

[…]

 

Tu n’es pas entré au Mont des Oliviers avec la sérénité d’un touriste

en vacances d’été,

ni avec celle d’un croyant aspirant à un face à face avec Dieu

Tu n’y es pas rentré comme un enfant de la ville

cherchant son histoire entre les dômes

et sous des murs effondrés !

 

Néanmoins, tu sillonnes librement les villes des autres,

buvant l’eau de leurs fontaines,

bouche bée

devant des statues, des tombeaux

et des vestiges surgis intacts de fouilles profondes,

exhibant gracieusement leurs charmes,

comme si, pour un instant, ils t’appartenaient.

 

Danser d’une seule jambe,

coédition Maison de la Poésie Rhône-Alpes & Le Merle moqueur, 2025

 

                                   ***

 

Pour échapper au missile

 

Pour échapper au missile,

courir ne te servira à rien,

car il risque de tomber là où tu te précipites.

Te cacher sous un toit ne te servira à rien non plus,

car c'est justement cela

qui a ouvert l'appétit des F16.

 

Hisser le drapeau blanc ne te servira à rien non plus,

car tu attires leur attention par ta blancheur éclatante.

Et cela ne te servira à rien de te réfugier dans un hôpital,

si tu trouves un coin vide dans le hall,

car leurs bombes traquent les blessés dans leurs lits

et maculent les blouses blanches de sang chaud.

 

Et cela ne te servira à rien de te réfugier dans une école abandonnée,

car c'est leur endroit préféré

pour faire le plus grand nombre de victimes d’un seul coup !

Ni de te réfugier dans une mosquée ou une église

Les prières et les invocations peuvent te sauver du feu de Dieu,

mais elles ne te protégeront pas de leurs feux.

 

Et la plage ne te servira à rien

car elle t'exposera dans cet espace vide.

Et si tu fuis vers le sud, la « zone sûre »

tu trouveras les chars

qui surveillent tes mouvements de leur large canon

et la balle du tireur d'élite qui t'attend là-bas.

 

Tu resteras donc chez toi

et tu fumeras les cigarettes qui te restent

et tu attendras ton destin qui a autant de chances de se réaliser

partout où tu te trouves

partout où tu te réfugies !

 

                        Poème inédit

 

 


 

Anne BARBUSSE

 

  

 

2

 

Née en 1969, après avoir quitté Paris il y a plus de vingt ans, Anne Barbusse habite entre un petit village du Gard et une bergerie en Ardèche. Elle enseigne le Français langue étrangère aux migrants, cultive son potager-ZAD, et milite pour l’écologie.

Elle écrit depuis toujours mais commence à s’occuper de publication seulement pendant le confinement de 2020, et depuis publie dans de nombreuses revues.

En collaboration avec Loan Diaz du collectif Poétisthme elle a publié en 2024 Ohitza, textes écrits d’après des photos du début du tourisme des années 60, juste après la décolonisation.

 

Traductrice de poésie grecque moderne en revues, elle a traduit, entre autres, un recueil de Yorgos Stergiopoulos, Exil à la naissance, publié en 2025 chez Bruno Guattari éditeur.

 

Passionnée de cinéma, elle publie régulièrement des textes de création à partir de films dans les revues numériques La RAL,M et Fragile, afin de « transposer » un film en poème.

 

Lectures à la Maison de la Poésie de Montpellier.

Lecture au MO.CO à Montpellier pour l’exposition « Entre les lignes, Art et Littérature » en 2024.

Invitée au festival Voix Vives 2025 à Sète.

 

 

Elle a publié des recueils de poésie : Les quatre murs le seau le lit, Encres vives, 2020 ; Moi la dormante, Unicité, 2021 ; Les accouchantes nues, Unicité, 2022 ; A Petros, crise grecque, Bruno Guattari éditeur, 2022 ; La non-mère, Pourquoi viens-tu si tard ?, 2023 ; Recluse, Pourquoi viens-tu si tard ?, 2023 ; Ma douleur planétaire, Tarmac, 2024 ; Ils ont défécondé l’avenir, Encres vives, 2024 ; Terra (in)cognita, Unicité, 2024 ; Les mères sont très faciles à tuer, Pourquoi viens-tu si tard ?, 2025 ;  L’incomplète, Rosa Canina, 2025 ; Les enfants sans mistral, Unicité, 2025 ; A moins que Marseille, Milagro, 2025.

 

 

 

Poèmes extraits de

 

Les mères sont très faciles à tuer, éditions Pourquoi viens-tu si tard 2025

ne pas dire écrire, à paraître chez Bruno Guattari éditeur fin 2026

 

 

 

il faut faire le deuil d'un enfant

il faut se lever le matin

et remplir le jour – lui parler encore, tenter d'éduquer, de modifier, d'avoir prise sur,

quand tout échappe – confluence humaine de la mère et du fils -

depuis il a grandi

il ne se jette plus dans l'eau de la rivière avec rires et cris

il ne m'éclabousse plus il reste assis tête basse

il ne dit pas un mot – il a vieilli

 

                        Les mères sont très faciles à tuer, éditions Pourquoi viens-tu si tard ? 2025

 

 

                                                           ***

 

 

un travelling amélioré

une horizontalité  avec un arbre adjacent

un olivier ou un chêne vert peu importe

les rocades accélèrent le désir

les mouvements se font CO2 planifié

embrayer débrayer l’avenir

(ne pas lui dire) les poteaux électriques

s’en chargeront

lignes haute tension par-dessus champs de colza

la route omet l’éternité

l’amour du cinéma ne se parle pas

 

*

 

désécrire le travelling

fabriquer des mots-travellings

une syntaxe-mouvement de caméra

l’adéquation des buses

au feu orange attendre que les chiffres lumineux décroissent

avaler la départementale

faire de la vitesse avec du CO2

aimer cela

recommencer

s’arrimer à la musique de film et ouvrir

le cinéma intérieur de la semi-conscience

fermer la vitre appuyer

sur les boutons facultatifs (tableau de bord programmatique)

la clé USB est un instant démoniaque

les champs-travelling sitôt vus

que perdus – ne pas lui dire

l’extrême de la langue

 

            ne pas dire écrire, à paraître chez Bruno Guattari éditeur fin 2026

 

 

 

 

Michel BOURÇON

 

3

 

Biographie

Michel Bourçon est né en 1963 à Nevers, (Nièvre)où il vit toujours. Il s'est essayé au dessin et à la peinture, mais a choisi finalement l'écriture. Il écrit depuis l'adolescence.
Des nouvelles, d'abord, puis un roman qui ne fut pas publié.
Enfin, de la poésie, lieu où il se sent le mieux.

Il a publié une quarantaine de recueils de poésie. Il a publié aussi des poèmes dans de nombreuses revues : Décharge, N4728, Lieux d'être, Neige d'août, Traversées, Verso, Traces, Phréatique, Albatroz, Comme ça et autrement, etc., et dans plusieurs anthologies dont L'année poétique 2008 parue aux éditions Seghers.

Il se consacre désormais à l'écriture.

 

Bibliographie

TransparenceLe Jeu des Tombes (1989)
Fleur obscène de la pluiePolder/Décharge (1990)
Un soir, un trainLa Bartavelle (1991)
Les heures immobilesÉcho Optique (1993)
Je ne sais pas la pluieL'Arbre à Paroles (1993)
Dernière touche à l’oubliPolder/Décharge (1993)
Carnets de petits riensLes Carnets du Dessert de Lune (1995)
Quai des mariniersL'épi de seigle (1996)
Permanence des chiensÉditions JCB (1997)
De nousLe pré carré (1998)
Six études de l’automneFranche Lippée (1998)
Vivre est tout prèsLes Carnets du Dessert de Lune (1999)
Pour si peu, Gros Textes (1999)
Un massacreRafael de Surtis (1999)
Pour répondre au videFranche Lippée (2000)
De la routeDonner à voir (2000)
Poèmes de peuL'Arbre à Paroles (2002)
C’est la merLe pré carré (2002)
Comme une terreGros Textes (2002)
Quelque chose comme la paix, le calme, Les Carnets du Dessert de Lune (2002)
Les feuilles tombent même au printempsLes Arêtes (2005)
Peu dans le bleuLes Arêtes (2005)
Pratique de l’effacementLe Dé bleu/L'Idée Bleue (2007)
D’un retour d’éclaircie, accompagné d'encres de Jean-Claude Pirotte, Les Arêtes (2011)
Et ainsi les arbresÉditions Potentille (2012)
Les rues pluvieuses n’iront pas aux arbresLes Carnets du Dessert de Lune (2014)
Jean Rustin, la vie échouéeÉditions La tête à l’envers (2014)
Le moindre gesteLe pré carré (2015)
Ce peu de soiÉditions La tête à l’envers (2016)
Demeure de l’oublip.i.sage intérieur (2016)
À soi le lointainFaï fioc (2017)
À l’arbre que l’on devientLe Phare du Cousseix (2017)
De ce que regarde le moindre oiseau, Le Coudrier (2018)
Là seuleLes Carnets du Dessert de Lune (2018)
Marges de la lumière, suivi de J’ai déjà tant vieilli depuis que je suis mort, Gros Textes (2018)
Source de ventsÉditions du Cygne (2018)
Tout contre rien, Vibration éditions (2019)
Visages vivant au fond de nous, Al Manar (2019)
Vers cela qui n’est pas, Éditions de La Crypte (2019)
Passe aux cerfs dans la brume, Christophe Chomant Éditeur (2020)
Le vent souffle sur nos traces depuis toujours, Éditions Aux cailloux des chemins (2021)
Corps habitable, Sinope Éditions (2022)
Mélancolie des confins, Éditions Gros Textes (2023)
De nous (réédition), Éditions de L’Estey (2023)
Sorbier de l’oiseleur, suivi de Chambre 21, Éditions Pourquoi viens-tu si tard (2023)
Attente ouverte aux lointains, Pierre Turcotte Éditeur (2023)
Matins de ciel et d’oiseaux, Pierre Turcotte éditeur (2024)
Selon la houle, Éditions Accents poétiques (2024)
Pas plus qu’un hochement d’ombelle ou de graminée, Éditions Pétra (2025)
Où seul chasse le vent, Éditions Al Manar (2025)
Leurs rêves les regardent, L’Atelier des noyers (2025)
Après soi, Raz éditions (2025)

 

Poèmes extraits de

Leurs rêves les regardent,éditions L’Atelier des noyers 2025
Pas plus qu’un hochement d’ombelle ou de graminée, éditions Pétra 2025

Les goélands inspectent le jusant. Dans leurs yeux se reflètent les rochers, les vagues qui se laissent choir près des dunes ignorant leurs aveux et au sommet desquelles, les herbes drues, debout devant leur ombre, cherchent fortune dans la gloire du soleil. Le vent, au galop, emporte avec lui l'odeur des algues et les embruns flottant dans l'air dansent et se dissipent vers l’arrière-pays.

 

Ce que la brume impose au fleuve qui l'affleure, seuls ses fonds obscurs s'y disposent. Partout, le temps qui passe appelle la nudité, sur les rives, les arbres déchus luisent, gouttent, penchés sur l'eau, se mirent dans ses moires où se laissent dériver des cormorans auxquels le soleil pâle rend leur lustre ainsi qu'à celui de ces feuillus que leurs branches tendues vers l'énigme du jour, implorent.

                                               Leurs rêves les regardent, éditions L’Atelier des noyers 2025

***

même la lumière n’amenuise pas
l’ombre en soi

dans la rencontre
de qui nous grandit

elle éclaire le doute
ne délivre pas les mots

ni la terre détrempée
par le sang de nos aînés.

 

au solstice d’hiver de l’être
on rêve d’une clairière
au plus profond de l’océan

sous sa clarté spectrale
on voit évoluer
nos mouvements intérieurs
nos tourments

et plus loin luire la tombe
écrin de leur dispersion.

 

sans nous pas de lumière
dans ce qui n’est
sans doute qu’un rêve
cette vie rattrapée
par son avalanche

seconde multicolore
qui nous fonde
avec les mots
sans lesquels
on ne se sent plus vivant.

Pas plus qu’un hochement d’ombelle ou de graminée,
éditions Pétra 2025

 

 

 

Michel DIAZ

 

4

 

Michel Diaz, né en Algérie, vit en Touraine. Professeur de Lettres, à Tours, il a enseigné la littérature et l’art dramatique. Spécialiste de l’oeuvre du dramaturge Arthur Adamov, il lui a consacré une thèse de doctorat et une vaste biobibliographie.
Attiré très tôt par la poésie, il a surtout d’abord écrit surtout pour le théâtre quelques pièces dont certaines ont été représentées ou diffusées à la radio (France-Culture, la R.T.B.F. Auteur de nombreux livres d’artistes en collaboration avec des peintres ou photographes, il publie régulièrement des poèmes dans des revues (Diérèse, Terre à ciel, Recours au poème, Arpa, Poésie sur Seine, Ecrits du Nord, Terres de femmes, Poésie/première, Lichen, Chemins de traverse…). Il est également chroniqueur dans plusieurs revues de poésie (Les Cahiers de la rue Ventura, Diérèse, Terres de femmes, Poésie sur Seine, Place de la Sorbonne, Verso, Chemins de traverse…).

Quelques revues lui ont consacré un dossier : Chemins de traverse (2016) ; Poésie sur Seine (2024) ; Terre à ciel (2025).

Il a reçu, en 2019, le Prix Amélie Murat pour Bassin Versant (éd. Musimot), et en
2021 le Prix Aliénor pour Le Verger abandonné (éd. Musimot).

Bibliographie (principales publications) :

–Théâtre : Le Verbe et l'hameçon, éd. Pierre-Jean Oswald, 1977 ; L'Insurrection, Cahiers de
Radio-France, 1986 ; Le Dépôt des locomotives, éditions. Jean-Michel Place, 1989 ; La Dame blanche, Jour de colère (monologues, publiés sous forme de nouvelles in A deux doigts du paradis, éd. L’Amourier, 2012) ; La Nuit de la Toussaint, éd. Christian Pirot, 2016.

– Nouvelles : Séparations, éditions L'Harmattan, 2009 ; A deux doigts du paradis, éditions
L'Amourier, 2012 ; Le Gardien du silence, éitions. L'Amourier, 2014 ; Partage des eaux, éditions N.& B, 2014 ; Le petit train des gueules cassées, recueil collectif, éditions. de L'Ours Blanc, 2015.

– Poésie et livres d’art : Mise en demeure, éd. Pierre-Jean Oswald, 1975 ; Atelier des silences, photos de Thierry Cardon, préface d’Yves Bonnefoy, éditions Jacques Hesse ; 1997 ;
Juste au-delà des yeux, images de Pierre Fuentes, éditions Christian Pirot, 2013 ; Cristaux de nuit, éditions de L'Ours blanc, 2013 ; Aux passants que nous sommes, photos de Rieja van Aart,éditions Christian Pirot, 2013 ; Sans titre 2 (Approches du visage), peintures de Laurent Bouro, éditionsLabel-Martin Decrouy, 2014 ; Né de la déchirure, cyanotypes de Laurent Dubois, éditions Cénomane, 2015 ; Archéologie d'un imaginaire, un peintre : Alain Plouvier, peintures d'Alain Plouvier, éditions Christian Pirot, 2015 ; Owakudani, terre de soufre, photos de Pierre Fuentes, L'Atelier du livre, 2016 ; Le Coeur endurant, éditions de L'Ours blanc, 2016 ; Fêlure, éditionsMusimot, 2016 ; Un navire de papier, photos de Laurent Dubois, préface de Bernard Giusti,éditions Cénomane, 2017 ; Dans l'inaccessible présence, dessins de Jeannine Diaz-Aznr, éditions Thilùu, 2017 ; Bassin-versant, préface de Jean-Marie Alfroy, éditions Musimot, 2018 ; Lignes de crête, avec un frontispice de Jean-Michel Marchetti, éditions Alcyone, 2019 ; - Comme un chemin qui s'ouvre, éditions L'Amourier, Coaraze, 2019 ; Le Verger abandonné, éditions Musimot ; Offrandes,peintures d’Olivia Rolde, éditions Thi lùu ; La source, le poème, gravures sur bois de LionelBalard, éditions Les Cahiers des passerelles, 2021 ; Vers l’étoile du soir, peintures de Jean-Michel Marchetti, éditions Les Cahiers du Museur, collection "Connivences", 2021 ; Quelque part la lumière pleut, avec un frontispice de Silvaine Arabo, éditions Alcyone, 2022 ; Sous l’étoile du jour, éditions Rosa canina, 2023 ; Au risque de la lumière, en collaboration avec LéonBralda, frontispice de Silvaine Arabo, éditions Alcyone, 2023 ; Éloge des eaux murmurantes,xylogravures de Lionel Balard, éditions La Simarre, 2024 ; Traverser l’obscur, éditions Musimot, ;Francis Bacon, le lieu du visage, éditions Encres vives, 2025.

Publications en anthologies : Gravure / poésie, « Sciences », une prose poétique, atelier
« Gravure et techniques d’impression » du Service Université Culture (Clermont-Ferrand),
2023 ; Donner à voir, « Forêts », 2022 ; Gravure / poésie, « L’errance/le voyage », deux poèmes, atelier « Gravure et - techniques d’impression » du Service Université Culture
(Clermont-Ferrand), 2022 ; Terre à ciel, « Rencontrer », 2022 ; Éditions Musimot, « Désir » (à l’occasion du Printemps des poètes 2021), 2021 ; Terre à ciel, « Dire oui », 2021  Saraswati numéro 16, « Les saisons », 2020 ; Arpa numéro 130, « Naître au monde », 2020.


 

Poèmes extraits de

Embrasure, éditions Le taillis Pré, 2026
Entre l’énigme et l’évidence,inédit

 

         interroger le monde comme un autre soi-même, c’est accorder son être à tous ces bruits qui portent des questions sans souci de réponse
         prêter l’oreille à cette voix qui nous révèle le miracle de l’instant, à cette discrète rumeur qui du fond de l’oubli nous appelle
         c’est essayer de rendre leur juste place aux choses, les arbres, les nuages, leurs trouées de lumière, tout l’espace peuplé d’invisibles détails qui nous invite à être là et ne rien déranger

         lèvres durcies au feu des jours, nous n’appartenons cependant qu’au sentier de montagne, celui-là même qui nous a choisis, aux cailloux de ses crêtes, aux secrets insondables du ciel, à ce bonheur faillible qui nous fait porter à dos d’hommes, parmi les tourbillons des astres, notre incompréhension d’être aussi étrangers à nous-mêmes, mais serrant sûrement dans nos bras notre précieux lingot d’espérances arides

**
         avancer cependant, fixant le tremblement de ce qui toujours se dérobe et se tait

         car ce qui éclaire nos pas dans la nuit, que l’obscurité du vent sans cesse rebrousse, c’est le souffle des mots perdus, hors de leur cage d’air, qui se glissent et se jouent entre les lèvres et la soif
         ce que dessine le premier le soleil et sa roue lentement dépliée, c’est le chemin qu’il nous faut suivre, dans le harcèlement des pas, du temps broyé, de la joie toujours fracturée, de la peine jamais assouvie
         ce qui fait le chemin, c’est toute l’eau du ciel dans les feuilles de la forêt, ce qui se lève de clarté dans la résonance des pierres, dans ce silence dont la nudité nous blesse mais dont il faut remplir ses mains comme on puise au murmure d’une source cachée

                                               Embrasure, éditions Le taillis Pré, 2026

 

                                               ***

on reste là, à écouter le vent et son bruit de mer dans les feuilles, perdu dans la douceur du jour et l’envers de ses heures, lisse comme une eau immobile, à attendre rien ni personne, juste dans le désir du rien
            on est là, seulement à attendre que la lumière, où les choses se sont arrêtées dans leur évidence de livre ouvert, fasse silence sur les mots et ces derniers signes d’enfance qui nous traversent d’éclats brefs
            on interroge du regard, d’un regard qui ne veut suffire, sans volonté de voir ou de comprendre, ce qu’on cherche pourtant à toucher, dans ce suspens du temps, cela qui, tout au fond de la voix, dépose sa pluie tiède sur nos mains

            le seul présent qui vaille est celui de ce sang qui palpite, comme un appel qui n’est destiné à personne, comme on aimerait pouvoir arrêter, presque indéfiniment, ce corps obstiné désireux de suivre son ombre
            regarder simplement la patiente décrue de la nuit et guetter l’aube qui revient, juste poser sa paume sur la pierre froide du seuil, saluer la première pâleur du jour et écouter le froissement du sable, le chuchotis de l’eau, le bruissement soyeux de l’air dans le bleu qui s’annonce par-dessus la rumeur renaissante du monde

                                              Entre l’énigme et l’évidence,inédit

 


Évelyne MORIN

 

5

 

© Photo Éliane Morin

 

Évelyne Morin, née à Tulle, vit en Essonne. Poète, professeure de lettres, comédienne à la compagnie théâtrale Les Trois Clous. Elle assure la programmation de Poésie & musique.orge.

 

Bibliographie
Le cri de l'aube   éditions PJ Oswald  1975
La défaillance des jours  éditions Caractères  1976
Miroirs  éditions Caractères  1978
Le jeu de moi  éditions Caractères  1985
La licorne du silence  éditions Caractères  1987
Rencontre occulte à mort perdue  éditions La Bartavelle  1991
Terre de mortes-lunes  éditions Table Rase  1992
La nuit d'Électre  éditions La Bartavelle  1996
Ombres, désirs  éditions Jacques Brémond  2000
Dernier train avant le jour  éditions Le dé bleu  2001
N’arrêtez pas la terre ici (Préface de Stéphen Bertrand)Polder/Décharge  2003
Non lieu provisoire  (Encres de Misko Pavlovic)éditions Cadex  2007
N’arrêtez pas la terre ici (Préface d’Anne Stell)éditionsLe Nouvel Athanor  2007
Cela, fulguré  éditions Gros textes  2007
Un retour plus loin  (Frontispice de Marc Pessin)  éditions Jacques Brémond  2007
Rouge à l’âme  éditions Potentille  2007
Matin de l’arbre levant  (Préface de Brigitte Gyr)  éditions Le Nouvel Athanor  2014
Le Bois des corbeaux  (photographies d’Éliane Morin)  éditions Gros textes  2015
Évelyne Morin, anthologie  éditions Le Nouvel Athanor, Collection Poètes trop effacés,  2018
Les bois flottés du jour  éditions Encres Vives, collection Encres Blanches n°760,  2019
Soleil juste la nuit,  éditions Henry,  2019
Une lumière incertaine, éditions Unicité, 2022
Nuit d’écrire, Les Lieux-Dits éditions, collection Le loup bleu, 2023
Dans les pas de l’ange, à paraître aux éditions Henry en juin 2026

Livres d’artiste
Effacement du jour, peinture de Colette Klein, Les Cahiers du Museur 2021
Psaume en noir et blanc, encres de Nourit Masson Sekine, Bandes d’Artistes, Les Lieux-Dits éditons 2021

Présence dans les anthologies
La Poésie Mystique Contemporaine J-L Maxence, Presses de la Renaissance, 1999
Ce que disent les mots, de Pierre Maubé, éditions Éclats d’encre  2004
Polder Deuxième génération  éditions Décharge / Gros Textes  2005
Anthologie – 7 Multiples N° 71  2007
Anthologie Seghers, 2008, (Patrice Delbourg, Jean-Luc Maxence et Florence Trocmé ; Avant-propos Bruno Doucey)
Esprits poétiques 3. Dires d’elles Hélices 2010
Nous, la multitude anthologie poétique éditions Le Temps des Cerises 2011
L’Athanor des poètes, 1991-2011, par Jean-Luc Maxence et Danny-Marc, Le Nouvel Athanor 2011
Ouvrir le XXIème siècle, 80 poètes québécois et français Mœbius & Cahiers du sens 2013
Frumdrög að draumi, Ljóð franskra skáldkvenna Anthologie islandaise de poésie féminine française, Þhór Stefánsson, Oddur 2016
Participation à Le Banquet des absents Levée d’encre 2017
 
Participation à de nombreuses revues, dont Arpa, Bacchanales, Concerto pour marées et silence, revue, Imprévue (revue franco-américaine), Interventions à haute voix, Les Cahiers du sens, Comme en poésie, Décharge, Diérèse, Ficelles, Friches, La Traductière, Levée d’encre, Lieux d'être, Liqueur 44, La main millénaire, Multiples, Neige d’août, Poésie/première, Sarrazine, Souffles, Spered Gouez, Verso, Voix d’encreŽivot (revue bosnienne).

Revues en ligne : Recours au poème, Književna Sehara (revue de littérature des Balkans)

 

Spectacle Miroirs ou l’opérette d’un sou, mis en scène par Jean-Louis Gonfalone en 1984, à partir de trois recueils ; musique : Gérard Garnier et Jean-Louis Gonfalone.

 

Au sein de la compagnie théâtrale Les Trois Clous, elle participe à l’écriture des spectacles et est assistante à la mise en scène.
Elle assure la programmation de Poésie & Musique.orge

Elle anime des ateliers d’écriture en milieu scolaire, en classes d’UPE2A (Unités Pédagogiques pour Élèves Allophones Arrivants) et en résidences pour personnes âgées.

Membre du Jury du Prix de la découverte poétique de la Fondation Simone de Carfort, sous l’égide de la Fondation de France

 

Site : http://evelynemorin-poesie.fr


Poèmes extraits de

Intranquillité du vide in Dans les pas de l’ange, à paraître en juin 2026 aux éditions Henry
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fin, Revue Diérèse n°95, Hiver 2026

 

Derrière les ombres la pensée
Par la fenêtre ouverte l’ange
une hésitation du jour

Si je pouvais écrire
Mais les pierres demeurent muettes
Des rideaux noirs masquent les rues
Je parcours les heures
là où la mer s’est retirée
revenante du monde
où plus rien n’advient
que le vent venu d’outre-confins
de la terre

À distance des étoiles
vivre
S’éclairer à
une lumière oubliée
Des temps révolus
partir
Donner un autre titre à l’histoire
Et regarder le ciel
s’allumer à la nuit

***

Il y aura des matins lumineux
où la terre aura oublié la douleur
Et le ciel montera des profondeurs
originant une naissance nouvelle

Ici sera
à la conjonction de tous les ailleurs
Et la nuit
belle de la demeure des jours

Quel passeur de l’aube
se tient là
tout proche
Invisible présence

Intranquillité du vide in Dans les pas de l’ange
A paraître en juin 2026 aux éditions Henry

                                                             ***

Préparer la venue de ce qui vient

L’oiseau se pose sur la terre
Sans crainte
ni de la douleur qui point
ni du jour qui se lève
sur un nouveau jour

La tempête a eu lieu
N’en finit pas
d’abandonner ce qu’elle arracha
à la vie matérielle

Le soleil est-il différent
qui abolit le conflit
des ombres
Le vide est-il rassasié du vide

Le vent peut reprendre sa course
déjouer la stagnation des nuages
J’avance en terre profonde
Sans vouloir fermer la porte
à la nuit Un papillon cherche
où se poser illuminant
l’instant éphémère

Nous partirons ensemble
sur la route blanche
Le papillon a disparu
dans la nuit
de ce qui fut

                               Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fin
                               Revue Diérèse n°95 Hiver 2026

 

 

1